MÉMORIAL DE GRAND-FAILLY:

SOUVENIR, ADMIRATION, RECONNAISSANCE

Hommage aux combattants de la seconde Guerre Mondiale

"Récit de Monsieur Léon COLLIN"

L'association, dite Comité du Mémorial de Grand-Failly, fut fondée le 15 décembre 1984.

Dans sa séance du 12 janvier 1985, elle désignait le docteur Cochart comme président.Dès sa première réunion, le comité décidait l'érection d'une simple stèle sur laquelle seraient fixées trois plaques de bronze pour rappeller la mémoire et le souvenir des combattants inhumés autrefois sur ce site.
Le texte de la première plaque serait en langue anglaise. Il rappellerait le souvenir et la mémoire des 2967 soldats américains tués au combat pour la défense de nos libertés. Ils étaient jeunes, avaient certainement des parents, des frères, des soeurs, des amis, des fiancées. Ils étaient peut être mariés et pères de familles. Ils ne nous connaissaient pas. Nous ne les connaissions pas. Ils sont cependant morts pour nous.
En aurions nous fait autant ?
Nous avons toujours été les alliés des Etats Unis d'Amérique. L'origine de notre alliance remonte à la guerre d'indépendance, et par là même, à leur naissance d'Etat indépendant. Cette union a été scellée par le sang des volontaires français commandés par La Fayette et Rochambaud et par la suite, par le sang de jeunes garçons de cette grande nation, venus en Europe à deux reprises différentes pour assurer la défense de nos libertés.


La seconde plaque serait en langue française, avec la mention
SOUVENIR, ADMIRATION, RECONNAISSANCE
à l'intention des combattants européens morts pour nous.

Et la troisième plaque serait en langue allemande, à l'intention des 1548 soldats allemands tués au combat,
et qui avaient reposé sur ce site, et au delà du respect dû à tous les combattants tués, elle symboliserait la réconciliation par dessus les tombes.


Peu de temps après, notre comité demandait à monsieur VaIente, notre architecte, de bien vouloir reconsidérer le projet demandé, et de présenter un projet plus important qu'une simple stèle.
Ce nouveau projet représentait le mémorial tel qu'il existe sur le terrain.
Aussitôt fut posée la question de financement.
Un emprunt fut contracté auprès d'un établissement bancaire.
A l'unanimité, les membres du comité se portèrent solidairement caution pour le remboursement de cet emprunt. Il fut ensuite décidé, ce qui par la suite devait apparaître comme un exploit un peu fou, de construire le gros oeuvre du monument en faisant appel à des bénévoles.
Une équipe de volontaires, se mit aussitôt à l'oeuvre et terminait le travail entrepris dans les délais qu'elle s'était fixés.
Cette équipe comprenait quelques retraités, mais surtout des personnes en activité. Elle a travaillé sans a coups, avec célérité, et dans un accord le plus parfait.

Pour venir financièrement en aide au projet, une petite équipe de trois historiens locaux et chercheurs entreprenait l'étude de différents sujets concernant la période 1939 1945. Le tout fut publié dans une importante brochure et laissa un bénéfice substanciel.
Qu'il me soit permis d'ouvrir ici une parenthèse.
Le travail de recherche d'un historien est souvent méconnu, son rôle effacé. Pourtant il a fallu à chacun d'eux plusieurs semaines de recherches en archives et sur le terrain, des centaines de kilomètres à parcourir.
Trop souvent le lecteur n'en a pas conscience.
Toujours pour faire face à notre problème financier, le comité proposait au public des cartes de soutien et recevait des dons de différentes importances.
A ce propos, répondant à mes remerciements, une personne m'a confié:
" Monsieur, vous n'avez pas à me remercier. J'ai vu deux fois dans ma vie, en moins de trente ans, arriver des soldats américains pour nous aider à recouvrer nos libertés.
Ce que j'ai fait est vraiment peu de chose pour le prix du sang versé par ces garçons. "

Au titre des subventions, nous avons reçu une subvention importante du Conseil général de Meurthe et Moselle. Nous avons également reçu des subventions de différentes communes dont les communes de Grand Failly, Longuyon, Cons la Grandville, Montigny sur Chiers, Charency Vezin, Villerupt, Saint Jean les Longuyon, Mangiennes, Pillon, Epiez, Cosnes et Romain, Pierrepont.
Certaines de ces communes nous ont accordé plusieurs subventions.
Toujours dans la liste des donateurs, nous avons retenu l'ACAM, les anciens combattants, Rhin à Danube, l'association des officiers et sous officiers de réserve, le Lions club, la scierie du Pujet, la banque du crédit mutuel de Longuyon, l'entreprise Vaglio.
Par ailleurs, beaucoup d'entreprises de la région nous ont apporté leur aide gracieuse pour des transports, et des fournitures de matériaux à des prix défiants toute concurrence.
Ce sont les entreprises Babillon de Montigny, Colle de Lexy, la CUMA de la grande Woëvre, l'entreprise François de Longuyon, LORR.EST.BTP, l'entreprise Vaillant, l'entreprise Othain Construction de Saint Jean, l'entreprise Socoma Socotub, l'entreprise Vaglio de Longuyon, la société Valexy de Lexy, l'entreprise Casola, l'entreprise Monti, les pépinières Vallet à Stenay.
A toutes et à tous, le comité du mémorial accorde un grand merci et les assure de sa reconnaissance car sans leurs aides, cette oeuvre n'aurait pû être réalisée.


Et c'est ainsi que le 20 octobre 1985 eut lieu, sous un soleil éclatant, l'inauguration du monument sous le haut patronage de monsieur Loiseaux, Préfet de Meurthe et Moselle, commissaire de la République, de monsieur le Général Lebris, gouverneur militaire de Verdun, et du capitaine Robert Brescia, attaché militaire de l'armée des Etats Unis d'Amérique à Strasbourg.


Au cours de cette très émouvante cérémonie, monsieur l'abbé J.L. Jacquot, curé de la paroisse invite l'assemblée à prier, ou tout simplement à penser, à tous les morts qui ont reposé à l'emplacement du monument. Il épandit symboliquement, sur le parvis, de la terre recueillie autour de Bastogne.
L'association de collectionneurs ACAM qui avait participé à notre projet dès le départ, avait elle aussi décidé de nous aider en réalisant à Longuyon le jour de l'inauguration du mémorial une exposition de véhicules militaires et de documents et objets de la période de guerre.
Malgré tous les efforts acomplis par ces réalisateurs, l'exposition n'eut pas le succès escompté. Le public l'avait quelque peu boudée.

Le 8 mai 1986, monsieur le Consul des Etats Unis, madame le Consul d'Allemagne, monsieur Henry, Sous Préfet de Briey, monsieur le Capitaine Brescia nous ont fait l'honneur de répondre à notre invitation. Le monument était terminé, les marches habillées, et le parvis garni de pavés, mais il nous fallait financer nos derniers travaux.

Le comité mit sur pied, dans le courant du mois de mai 1986, une manifestation culturelle ayant pour thème " Rétrospective sur l'artisanat d'autrefois ". Les anciens artisans, contactés pour cela, ont, de bonne grâce pour le public, repris leurs productions artisanales d'autrefois. Merci à tous ceux qui ont participé à cette magnifique journée.
Le succès fut total, inespéré, plus de 1400 personnes. Le public conquis.
Pour lui, les anciens artisans répétaient les gestes d'autrefois.
Sans le vouloir, notre comité avait innové dans le domaine culturel qui n'était pas le sien. Ce thème nouveau fut aussitôt repris par d'autres associations dans toute la région.
Mais notre comité n'avait pas pour objectif de faire de l'argent en renouvellant ce qui lui avait si bien réussi.
Dans son rapport moral du 21 mars 1987, le docteur Cochart nous annonçait que les travaux supplémentaires étaient terminés, les dépenses réglées et l'emprunt remboursé.
Le docteur Cochart a présidé aux destinées de notre comité avec beaucoup d' efficacité. 11 fut pour nous, non seulement un président, mais aussi un ami.
Le 30 avril 1988, lors de notre assemblée générale, il nous demandait de bien vouloir lui trouver un successeur. Par le comité, je fus investi dans cette fonction.


Depuis l'inauguration du monument, tous les ans, le dimanche précédant Noël, après un office religieux célébré en l'église paroissiale à la mémoire des morts de toutes les guerres, a lieu au mémorial une cérémonie du souvenir commémorant l'inhumation du premier soldat américain au cimétière temporaire de Grand Failly.

C'est au cours de celle de 1988 que fut inauguré le brûloir en bronze, imaginé par un des membres du comité et réalisé au Lycée Technique de Pont à Mousson.
Il représente une étoile à 5 branches autour de laquelle on peut lire : BASTOGNE DECEMBRE 1944

Pour la dernière fois, le docteur Cochart nous recevait en mairie de Grand Failly, pour remettre à tous ceux qui avaient participé à la construction du mémorial un témoignage de reconnaissance et de dévouement.
Sur le témoignage délivré à notre président, nous aurions pû porter la mention suivante:
" mission accomplie avec succès ".
Le docteur Cochart nous quittait définitivement le 3 janvier 1989.
Un an plus tard, le 3 avril 1990, décédait à Tours monsieur Antoine Torres, membre de notre comité.
Monsieur Robert Louste, qui avait étudié et développé tous les plans du coffrage du voile de béton et du massif du monument nous quittait à son tour le 29 septembre 1993.


Nous ne pouvons pas parler du mémorial sans évoquer la cérémonie du dimanche matin 1 er juillet 1990 durant laquelle une gerbe fut déposée par messieurs Chance ( U.S.A.), Ferdinand ( Allemagne ) et Bodson ( Belgique )
Quel symbole !


Merci aussi à tous ceux qui, l'an dernier, par le vent et la pluie, ont apporté leur concours à notre journée "Expositions de collections", ou qui nous ont offert leur grange ou leur garage à l'occasion de cette journée.

Merci à Monsieur lorio, ancien superintendant des sites américains de Meuse Argonne, ainsi qu'à Monsieur Dellinger, son successeur, pour l'aide et les sentiments d'amitié qu'ils nous ont manifestés depuis que nous les connaissons.

L'Histoire a voulu qu'au cours de la seconde guerre mondiale, ce petit plateau du Pays Haut lorrain reçoive les corps de milliers de combattants américains, inter-alliés et allemands tués au cours du même combat. Nous sommes ainsi devenus les gardiens de la mémoire de ce site, et nous avons de ce fait à en garder le souvenir.
Trois fois en moins de 70 ans, le sol de notre région natale s'est ouvert en de multiples endroits pour recevoir les corps des soldats français et allemands, et à deux reprises, les corps des soldats américains. Que fallait-il de plus, que faudrait-il encore, pour donner à notre action un sens plus grand et une motivation plus profonde ?


La vertu de cette commémoration, en dehors de l'essentiel, est là pour nous rappeller que nous devons toujours rechercher ce qui peut nous unir et non ce qui peut nous diviser.
Une page est tournée. Notre avenir commun, celui de tous les pays européens, est dans une Europe, celle que nous appellons de tous nos voeux, celle de la paix et celle des hommes.
Deux grands européens ont oeuvré en ce sens. Ils nous ont tracé la route. Le général De Gaulle et le chancelier Adenauer. Leurs noms resteront gravés dans l'histoire d'une Europe unie, allant de l'Atlantique à l'Oural, pour reprendre ici une citation du général De Gaulle. Nous nous sommes ensemble attaqués à un renouveau moral. Jadis divisé par de nombreuses difficultés, nous avons commencé un processus de coopération, de réconciliation, basé sur des valeurs communes. Nous voulons ainsi servir la paix et la liberté tout en protégeant la liberté démocratique.
Plus près de nous, le 22 septembre 1984, le Président de la République Française et le Chancelier de la République Fédérale d'Allemagne avaient, dans une déclaration commune à Verdun, publié le texte suivant :

" La guerre a laissé à nos peuples ruines, peine et deuil. La France et la République Fédérale d'Allemagne ont tiré les leçons de l'Histoire. L'Europe est notre foyer de civilisation commun et nous sommes les héritiers d'une grande tradition européenne. C'est pourquoi nous avons choisi il y a près de 40 ans de renoncer aux combats fratricides et de nous atteler à la construction en commun de l'avenir. Nous nous sommes réconciliés. Nous nous sommes entendus. Nous sommes devenus des amis. L'unification de l'Europe est notre objectif commun auquel nous oeuvrons dans l'esprit de la fraternité. "

A cette cérémonie commémorative du cinquantième anniversaire, douze pays européens se trouvent associés par le drapeau qui les représente et flotte sur le mémorial. Nous nous sommes demandé au début de notre entreprise comment serait reçu le message que nous voulions faire passer, celui des morts alignés au bord du chemin, celui des morts victimes des combats. La réponse, la voici. Le premier décembre 1987, sur le parvis du mémorial, notre comité, sous la présidence de monsieur André Rossinot, ministre, accueillait la flamme du souvenir, portée par des sportifs des clubs de la police parisienne, depuis la tombe du soldat inconnu sous l'arc de triomphe. Par votre présence en ce jour, en ce lieu, par la présence de tous ceux qui ont assisté à des cérémonies antérieures, qui sont venus seuls, ou en groupes, sur ce site, vous avez répondu. Notre comité vous dit: Merci.

Léon COLLIN