NOTICE HISTORIQUE SUR LES CIMETIERES MILITAIRES TEMPORAIRES

DE GRAND FAILLY



Décembre 1944.
L'hiver s'annonce avec rigueur.
Une pluie glaciale tombe en abondance, bientôt remplacée par la neige et le gel.
Le plafond bas des nuages accroche les moindres reliefs.
Le froid engourdit la nature et les hommes.
Sur le front ouest, dans la région de l'Eiffel, un calme relatif semble régner,tout du moins en apparence.
En face, dans les Ardennes belges, l'armée américaine marque le pas en attendant une période plus propice pour reprendre l'offensive.
Puis, brusquement, le 16 décembre 1944, à 05 H 30, l'armée allemande commandée par le maréchal Walter Model, placée sous l'autorité du maréchal Von Rundstedt, se met en mouvement et rompt le 12e corps d'armée américain.
L'opération " Wacht Am Rhein " (garde au Rhin) est commencée.
Hitler avait donné un mot d'ordre :" vitesse et surprise".

 

La surprise a été effectivement totale, mais pour ce qui concerne la vitesse, c'était une autre affaire.
Cependant l'armée allemande progresse.
Les villes de Saint Vith, Houffalize, vont être anéanties.
Clervaux, Echternach et Diekirch tombent aux mains de l'ennemi.
Arrivée précipitamment de Reims où elle était au repos, la 101ème Airborne se trouve encerclée dans Bastogne le 22 décembre.
Un élément de reconnaissance de la 2e Panzer parvient, le 24 décembre, à Foix Notre Dame, sur les crêtes de la Meuse.
La rivière est en vue, et coule en contre bas à 6 kilomètres.

Le 20 décembre, le service de l'Américain Grave Registration Command prenait ses cantonnements à Grand-Failly.
Il était accompagné d'une unité de pionniers. Aussitôt arrivés, ils établissaient, sur le plateau situé entre Grand Failly et Petit Xivry, trois cimetières: un cimetière américain, un cimetière inter alliés et un cimetière allemand.


 

 

 

 

 

 

 

Les G.M.C. et les Dodge commençaient aussitôt leur triste noria entre les champs de bataille des Ardennes et les cimetières.
Deux mille neuf cent soixante sept soldats américains, quatre vingt neuf soldats inter alliés, et mille cinq cent quarante huit soldats allemands furent ainsi transportés et inhumés sur le site.
Les pionniers américains chargés de creuser les tombes dans le sol gelé furent vite débordés par l'arrivée rapide et le nombre très important de corps à enterrer.
Alignés le long du chemin, comme pour une dernière parade, ils attendaient souvent plusieurs jours dans la neige. Leur présence prolongée sur le terrain, exposés aux intempéries, interpellait les rares piétons qui passaient par là en voulant leur dire " souvenez vous ".
Les quelques témoins de ces faits se souviennent en effet. Dans leurs mémoires reste fixée l'image de tous ces corps alignés, où, parmi les corps des soldats allemands, se trouvaient souvent de jeunes garçons, à peine adolescents, très tôt arrachés à leurs rêves d'enfants, pour être plongés dans un cauchemar, bien réel celui là.


Grâce à l'héroïsme des soldats américains retranchés dans leurs trous individuels, armés simplement de bazookas, l'avance allemande est sérieusement freinée.
Le général Patton qui avait engagé des préparatifs en vue d'une attaque de grande envergure en direction de Deux Ponts,
réussit à contreattaquer le 22 décembre et à rétablir une situation compromise.
Vers la fin du mois de janvier 1945, les troupes américaines se retrouvent sur la ligne qu'elles occupaient le 16 décembre 1944.
La bataille des Ardennes était terminée. Elle avait coûté fort cher.
Selon le S.H.A.E.F. les pertes américaines ont été de 75.685 hommes tués, prisonniers, ou disparus.
L'adversaire a payé chèrement cette tentative, en blessés et disparus : environ 108.000 hommes.
Quant à nos amis belges, ils avaient également payé un lourd tribut environ 2.500 civils tués au cours des combats.
Le bilan des pertes pour l'armée américaine était supérieur au bilan des pertes subies lors du débarquement en Normandie.


Les pionniers américains employés à l'inhumation des corps avaient été assez rapidement remplacés par des prisonniers de guerre allemands logés dans un camp sur le plateau, à proximité de leur cimetière.
Après la fin de la guerre, un personnel français recruté localement devait remplacer les prisonniers allemands.

Une fois par an, pendant quatre ans, la fête nationale américaine était célébrée le 30 mai en présence des autorités militaires,
civiles et religieuses afin d'honorer les morts américains et inter alliés tués au cours de la bataille des Ardennes.
Un dernier hommage devait être rendu le 11 juillet 1948, peu de temps avant l'exhumation des corps des soldats américains et inter alliés.
Les restes des soldats américains furent rappatriés aux U.S.A. à la demande des familles ou transférés au cimetière militaire américain de Luxembourg.
Les restes des soldats polonais regroupés au cimetière polonais de Dieuze (Moselle) avec ceux de leurs camarades tués au cours de violents combats dans cette région en juin 1940. Les soldats soviétiques et ukrainiens au cimetière militaire de Pierrepont, ainsi que les soldats français.
Les restes des soldats allemands furent exhumés beaucoup plus tard, en 1958, pour être transférés à Andilly près de Toul.

Sur le site des trois cimetières, la terre s'entrouvre à nouveau, mais sous le soc des charrues, comme autrefois.
Le riche limon du plateau donne vie à de nouvelles récoltes. Les moissons se dorent et fructifient au chaud soleil du mois d'août, comme si rien ne s'était passé.
La nature a repris ses droits.

Comme pour servir de toile de fond à ce site, en direction du sud-sud-est, se profilent sur la ligne d'horizon les sommets des côtes de Meuse, le plus important haut lieu de notre histoire.

De gauche à droite, les lieux dits des sites ou les noms des villages disparus de 1914 à 1918, combien évocateurs le point X, Les Eparges, la tranchée de Calonne.
Dissimulés derrière la ligne d'horizon, on devine les forts de Tavanne de Vaux, et de Douaumont.
L'ossuaire de Douaumont se profile à l'horizon.
Dans les vallons de la cuesta, face à l'est, pratiquement au niveau de la plaine de la Woëvre, on devine beaucoup plus qu'on ne découvre l'emplacement des villages de Vaux, Besonvaux, Ornes, et les jumelles d'Ornes.
Plus près de nous, les hauts de Louvemont, Beaumont, le bois des Caures, et les hauteurs de Beaumont.
Plus sur la droite, dissimulés à nos regards, sur la rive gauche de la Meuse, la Meuse et l'Argonne.
Vers la fin de l'année 1984, à l'initiative de chercheurs et historiens locaux, plusieurs réunions informelles regroupant des anciens combattants de l'armée d'Afrique, de l’armée française, des résistants et déportés, des anciens combattants se sont tenues pour déterminer le genre d'action qui pourrait être menée pour conserver la mémoire des soldats américains et alliés tombés pour la défense de nos libertés.
Une association, dite
Comité du Mémorial de Grand-Failly, fut fondée le 15 décembre 1984.

récit de Monsieur Léon COLLIN

RETOUR A LA PAGE DES ASSOCIATIONS